20 Avr 2015

Slipknot : Le top 5 des albums de Slipknot selon Corey Taylor Spécial

« Rank Your Records » est une série d’entrevues menées par Noisey. Le média discute avec des membres de groupes d’envergure ayant une discographie assez imposante et demande à ces musiciens de classer leurs albums par ordre de préférence.

Quand le premier opus de Slipknot, Slipknot, est paru en 1999 sous l’étiquette Roadrunner, il était évident que le groupe allait faire long feu. Le groupe se démarquait des autres : nous avions affaire à neuf drôles de bonshommes masqués qui créaient un son qui n’avait jamais été entendu auparavant. Slipknot est bien plus qu’un simple groupe, il a su réunir des légions partout dans le monde.

Au fil des vingt dernières années, Slipknot a mis sur le marché un bon nombre d’opus que les fans ont beaucoup appréciés. Noisey a parlé au chanteur du légendaire groupe, Corey Taylor, à propos de sa discographie et de l’influence de celle-ci.

 

Voici le top cinq de Taylor :

5. All Hope Is Gone (2008)

Je dois dire que l’album de Slipknot que j’aime le moins dans ce top 5 est All Hope is Gone. C’est un peu étrange de dire ça parce que quand il est sorti, j’étais satisfait. J’aimais toutes les pièces qui s’y trouvent et certaines d’entre elles sont particulièrement bien montées. Mais là, quelques années plus tard, je trouve qu’elles se ressemblent un peu trop entre elles. Il y a aussi le fait que la chimie du groupe n’était pas super dans ce temps-là. Une partie du groupe voulait aller dans une direction et l’autre voulait aller à l’opposé. J’étais pris entre les deux. Pour moi, c’était censé être une partie de plaisir, mais ce ne l’était pas vraiment. Cette période de deux ans n’a pas été la plus agréable de notre histoire. Une des seules bonnes choses en lien avec cet album, c’est que j’ai pu passer beaucoup de temps avec Paul. À part ça, l’expérience n’a pas vraiment été agréable et chaque fois que j’écoute l’album, je repense aux mauvais souvenirs qui y sont associés. C’est donc pour ça que c’est celui que j’aime le moins.

 

4. Vol. 3 : The Subliminal Verses (2004)


Ceci va probablement en surprendre plus d’un, mais Vol. 3 est le deuxième album que j’aime le moins. Encore une fois, le problème ce ne sont pas les chansons. Au contraire, j’aime l’histoire qu’elles racontent, la production et tout le processus créatif. Nous avons réellement fait ce que nous voulions à ce moment-là. Nous voulions explorer d’autres allées musicales et nous surpasser pour être en mesure d’offrir quelque chose de différent. Vol. 3 nous a permis de réaliser que nous pouvions bien faire des choses auxquelles nous ne nous attendions pas. Ce qui me dérange avec cet album, c’est ma performance vocale. Elle me dérange beaucoup à vrai dire. Je voulais faire quelque chose de novateur et de différent, mais avec du recul, je me suis rendu compte que je n’aimais vraiment pas ça et que ce n’était pas moi. La pièce qui montre le mieux mon point de vue est sans doute « Welcome ». J’ai beaucoup de difficulté à l’écouter parce qu’il manque le niveau d’agressivité pour lui rendre justice. C’est pareil pour bien des morceaux présents sur l’album. Par contre, il y a eu une bonne réponse à plusieurs chansons. Un bon pesant de fans considère « Duality » comme l’une de nos meilleures pièces. « Before I Forget » soulève toujours les foules lors de nos performances. J’aime aussi les risques que nous avons encourus pour les deux parties de « Vermillon ». C’est difficile pour moi de ne pas aimer cet album, car il y a vraiment beaucoup de bonnes chansons. Par contre, je n’aime pas ma voix là-dessus.

C’était aussi une période de ma vie durant laquelle j’ai beaucoup changé. Je suis devenu sobre et j’ai essayé de me trouver. J’étais un peu perdu et je voulais avoir une tête sur les épaules. Tout cela est venu jouer un rôle dans la confiance que j’avais en mes capacités. C’est drôle à dire : je suis fier de l’album, mais je ne suis pas fier de ma contribution. Je trouve que les autres ont fait un incroyable travail et qu’en tant que groupe, nous avons pu évoluer de belle façon. Par contre, j’ai été le maillon faible.

Il faut aussi dire que Rick Rubin n’a pas été présent. Il venait juste 45 minutes par semaine, le mercredi si je me souviens bien. Il s’assoyait et écoutait. Ensuite, il disait : « Vous devriez faire ci, vous devriez faire ça. » et il partait. Greg Fidelman est celui qui a fait une grande partie du travail. Si ce n’était pas de lui, l’album ne serait pas ce qu’il est. Rubin m’a dit qu’il fallait changer le refrain de « Before I Forget », car il était faible. Je lui ai dit que ça n’allait pas arriver. J’étais d’accord avec lui sur d’autres choses, mais pas sur cette chanson-là parce que je savais qu’elle était bien écrite. Ensuite, nous avons gagné un Grammy pour cette chanson, ce qui était assez étrange.

Cet album est aussi celui qui est venu montrer au monde que nous étions un groupe sérieux. Les gens ont commencé à nous voir autrement que juste un groupe de nu-métal, je hais ce qualificatif. On ne l’a jamais été de toute façon. À partir de ce moment, on a commencé à nous voir comme un groupe qui allait marquer, qui allait succéder aux grands noms. Nous sommes devenus plus sérieux et notre musique n’était pas seulement de l’agressivité, mais bien un amas de différentes émotions que nous avions de la difficulté à montrer comme il faut auparavant. Vol. 3 nous a permis de nous prendre au sérieux et par conséquent, le public nous a pris au sérieux. 

 

3. Iowa (2001)



Mon troisième album favori, c'est Iowa. J’étais vraiment tout à l’envers à ce moment. Il s’en passait vraiment beaucoup tout d’un coup. Nous étions devenus populaires et il fallait gagner en maturité. Nous nous doutions que nous allions devenir quelque chose de grand. Nous avons en quelque sorte perdu la tête et nous sommes en grande partie demeurés un peu étranges et fêtards.

L’album a quelque chose de sombre. De très sombre. Quand on écoute cet album, il sort de l’ordinaire. Il y a quelque chose de si viscéral que ça ne ressemble à rien d’autre. La production est au point et l’agressivité n’a aucune limite. On peut très bien voir la direction que nous voulions prendre en tant que groupe. Je me souviens encore du moment où nous avions terminé l’album. J’ai vécu un rare moment de lucidité. Quand nous l’avons écouté tous ensemble, j’ai été époustouflé. Merde! J’ai été impressionné par sa lourdeur. Je suis persuadé que cet album aurait eu une plus grande influence si le 11 septembre n’avait pas eu lieu. Notre album a perdu l’attention du public, car ces événements ont eu lieu une semaine après la sortie d’Iowa. C’était une tragédie sur laquelle nous n’avions aucun contrôle et notre album est passé sous le radar. C’est aussi arrivé à Slayer, à Rage Against the Machine et à d’autres artistes qui avaient un côté plus « méchant ». Rien n’est arrivé à Linkin Park et à tous ces groupes considérés comme « purs ». Nous en avons tout de même fait la promotion en faisant des tournées et il faut tout de même tenir compte que certaines des pièces sont les préférées du public.

En parlant du 11 septembre, on peut aussi dire qu’il y a des gens qui disent que le genre de musique que l’on fait encourage la violence. Je sais que Marilyn Manson a des problèmes à cause de cela. Cette situation nous arrive aussi, mais je crois que ça nous cause moins de trouble que lui, car il est seul et, nous, nous sommes un groupe de neuf. C’est fou! Chaque fois que quelque chose de négatif se passe, on s’en prend à nous. Ce n’est pas juste. C’est insultant envers tout ce que l’on fait. Ça m’enrage! Ironiquement, je me calme en allant écouter ma propre musique.

L’album s’appelle Iowa en l’honneur d’où nous venons. C’est assez bizarre. Nous avons formé Slipknot parce qu’on voulait qu’il y existe un groupe qui fasse la musique que nous voulions écouter. Puisqu’un tel groupe n’est jamais apparu, nous nous sommes dit que nous pouvions le faire par nous-mêmes. À l’époque, il n’existait aucun groupe avec l’intensité de Slayer, la brutalité électronique de Ministry, le groove de Korn, la présence sur scène de GG Allin ou des Butthole Surfers. Nous voulions écouter un groupe qui présentait tous ces éléments réunis. Nous avons attendu qu’il arrive, mais nous n’avons pas eu le choix de le faire. En plus, personne ne va en Iowa. Personne! De temps en temps, il y a un concert cool, mais c’est très rare.

 

2. .5: The Gray Chapter (2014)



Cet album est le plus récent. Il y a une touche de mélancolie. Paul n’est plus là. Joey est parti. Il y a aussi eu une grande remise en question sur l’avenir du groupe. Nous avons fait la bonne chose et nous avons foncé. Ainsi, on a pu prouver à tous ceux qui croyaient que c’était notre fin que nous allions en ressortir plus forts. Il y a eu un sentiment de satisfaction. Les attentes de nos admirateurs étaient très hautes et ceux qui ne nous aiment pas s’attendaient vraiment à nous voir nous planter. C’était tellement cool de plaire à nos fans et de montrer aux autres ce dont on était capable. C’était comme leur donner un gros coup de poing bien mérité. Cet album est en la mémoire de notre ami Paul. Il est très sentimental et à la fois brutal.

Une des chansons les plus poignantes est « Goodbye ». Je l’ai écrite au décès de Paul. J’étais à la maison et pour la première fois le groupe était là sans que Paul soit. Il y a eu un long moment de silence. Puis, nous avons commencé à pleurer. Nous avons essayé de rire tant bien que mal. Cela a duré plusieurs jours. Faire face à la réalité a été difficile. Je suis fier que nous ayons pu tirer du positif de ce triste événement. Les fans en avaient aussi besoin.

 

1. Slipknot (1999)

Nous avions une attitude positive. Il n’y avait pas d’attentes. Nous n’avions pas le statut que nous avons aujourd’hui et personne ne s’attendait à quoi que ce soit de notre part. Nous étions jeunes et excités d’enregistrer notre premier album. Quand son enregistrement a été complété, nous nous demandions ce qui allait arriver. Il a fallu six mois pour en voir le résultat : on nous a ajoutés à la dernière minute à la programmation du Ozzfest 1999. Nous n’en revenions pas. Neuf gars de l’Iowa qui ne connaissaient encore pas grand-chose à la vie.

Ross Robinson nous a énormément aidés à sortir un album de fou. C’était comme un chèque en blanc. Personne ne savait ce qui allait arriver. Tous les autres groupes qui avaient signé avec Roadrunner avaient une grosse pression. Pas nous. Nous étions neuf jeunes garçons. Nous portions des masques et nous jouions du métal. Il y avait une possibilité que Slipknot soit un groupe qui arrive à vendre au moins 200 000 albums, ce qui était assez pour pouvoir continuer d’être sur la route.

Quand on y pense aujourd’hui, ce chiffre n’a pas de bon sens. En plus d’y arriver, on a eu la chance de jouer à Ozzfest. Quelque chose de gros était en train de se passer et c’était fou. L’album est sorti en plein milieu de la tournée. Cela montre que nous n’étions vraiment pas préparés. À la fin de cette tournée, nous avons eu trois jours de congé. Nous sommes retournés sur la route avec Coal Chamber (la tête d’affiche) et Machine Head. Nous étions le troisième groupe en importance sur cette tournée, mais rendus à la moitié de la tournée, nous avons du échanger de place avec Machine Head. Je ne veux rien dire de négatif sur ces groupes, mais après avoir joué, une grande partie de la foule quittait la salle, car elle était venue pour nous. C’est devenu difficile de trouver de groupes qui voulaient qu’on fasse leur première partie. Nous avons alors dû être le groupe principal de nos tournées.

Entre temps, l’album Slipknot a été certifié or et nous n’étions même pas au courant. Nous avons seulement reçu la plaque le 2 février 2000. Deux mois plus tard, l’album était certifié platine. Un peu plus tard, il était double platine. Les gens ne comprennent toujours pas comment tout ça était fou. Le groupe est devenu important en un laps de temps extrêmement court. Tout d’un coup, nous étions le groupe le plus populaire chez Roadrunner et personne ne nous avait préparés à cette réalité. Nous n’avions aucune idée de ce qui se passait dans ce temps-là et ceux qui nous géraient étaient mauvais. C’était le chaos. Quand j’y pense, on s’est amusés comme des fous pour faire cet album et seulement trois personnes l’ont mixé.

Je ne sais pas si quelqu’un a déjà raconté l’anecdote suivante. Clown, Joey et Ross Robinson sont entrés par effraction dans le studio dans lequel se trouvaient les bandes originales, car nous n’étions pas satisfaits du résultat jusqu’à présent. Ils ont volé les bandes et ont fait le mixage eux-mêmes. Je pense que Paul était là aussi, mais je ne suis pas certain. Je devais retourner en Iowa pour mon travail et j’ai reçu un appel de Clown qui m’a dit qu’ils venaient de voler notre propre album. Les ingénieurs de son ne comprenaient pas notre son et c’est probablement pour cette raison que leur mixage ne rendait pas justice à notre musique. Il y a tellement d’histoires à raconteur sur cet album! Je devais vivre avec 20 $ par semaine et je devais cacher mes nouilles sèches pour que les autres paumés du groupe ne me les volent pas. Ça n’avait aucun bon sens, mais c’était tellement de plaisir. On ne rêvait plus. Il fallait travailler et saisir notre chance. On connaît tous le reste de l’histoire.

 

Source : Noisey
Traduction : Christelle Zelaya

Lu 7857 fois Dernière modification le lundi, 20 avril 2015 11:27
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